Cohabiter, produire et habiter le territoire autrement à Magog
Le Québec rural perd ses fermes, ses pratiques et ses liens au territoire. Entre 1941 et 2021, le nombre de fermes a chuté de plus de 80 %. Derrière ces chiffres se cache une rupture plus profonde : celle des liens qui unissaient autrefois les communautés à leur paysage. L'industrialisation agricole, la gentrification des campagnes et la disparition des savoir-faire locaux ont progressivement effacé la relation vivante entre l'habitant, l'animal et le milieu.
À Magog, en Estrie, ces tensions sont particulièrement lisibles. Le quartier ouvrier des Tisserands, fragilisé par la précarité et la pression foncière, incarne cette vulnérabilité. Pourtant, la ville conserve un héritage agricole fort : l'élevage laitier et la production fromagère sont profondément ancrés dans l'identité des Cantons-de-l'Est. C'est dans cet écart, entre ce qui se perd et ce qui persiste, que le projet Faire milieu trouve sa raison d'être.
Faire milieu propose un pôle agro-communautaire implanté en bordure de la ville, dans un paysage champêtre traversé par la rivière Magog. Le projet articule une fromagerie artisanale, une étable bovine, un pavillon pédagogique, des jardins collectifs et une épicerie solidaire. Ensemble, ces installations forment un système où production, apprentissage et vie communautaire se nourrissent mutuellement.
Au cœur du projet, le bénévole du quartier des Tisserands suit un parcours progressif guidé par des experts locaux : de l'observation à la pratique, de la serre à l'étable, du visiteur au praticien du territoire. Par le soin à l'animal, les récoltes ou la transformation fromagère, il renoue avec des gestes qui refondent son rapport au milieu. Le fruit de ce travail revient directement à sa communauté, via l'épicerie solidaire et la banque alimentaire locale.